| Le bateau Sloop en bois moulé/epoxy de construction amateur Architecte: Jean-Paul Labrosse Mis à l'eau en 1987 Quelques chiffres
Gréément Gréément souple, fractionné Le mât est un mât de First Class 8 tronqué. Il repose sur une épontille en acier, grosse barre en U inversé de 6 cm de section. Le renvoi des ferrures de haubans et galhaubans se fait sur l'épontille. Surface au près 23m² (soit un poil plus qu'un Cognac) Triangle avant 10,5m² Grand-voile 12,5m² Spi 35m² Motorisation HB 4 ch, godille et quelques biceps (mais pas trop, après c'est pas beau) Appendices Quille en tôle (profil Naca je-sais-plus-combien), semelle en plomb de 250 kg. Le profil est rempli avec du gravat et scellé à la résine à l'eau. Masse totale de la quille: 350 kg. Safran suspendu sur aileron, en acajou lamellé/collé.
La coque est réalisée en bois moulé (trois plis d'acajou Grand Bassam en 4 mm d'épaisseur, quatre plis pour les oeuvres vives) imprégné à l'epoxy, le tout protégé par plusieurs couches de peinture epoxy et une laque bicomposant pour la finition. Le pont est également en bois moulé (trois plis), le roof est en sandwich mousse/verre-epoxy. Le cockpit est en contreplaqué marine, et les emménagements en pin verni. Plan de pont Tout est renvoyé au cockpit: - drisses de GV, génois et spi, bordure et les trois bosses de ris sur des bloqueurs sur le roof (de part et d'autre de la descente) - balancine de tangon sur un coinceur à gauche de la descente - palan de hale-bas de bôme et palan de cuningham sur deux coinceurs sur le capot de roof - hale-bas de tangon, euh, je ne sais plus, par là quoi, sur un coinceur - points de tire d'écoutes de génois sur des coinceurs à l'extrémité avant de chaque hiloire - palans de bastaque... au pied des bastaques. L'écoute de GV (palan 4 brins) est montée sur un rail Goïot à butoirs mais sans palan de rail d'écoute. Les écoutes de génois reviennent à l'extérieur des hiloires sur deux winches monovitesse et se frappent sur des taquets d'écoute classiques. Deux petits winches sont installés en sortie des bloqueurs pour l'étarquage des drisses et bordures. Emménagements L'espace sous les bancs du cockpit est entièrement dédié au rangement, ce qui, ajoûté au volume de rangement sous le cockpit même (accessible de l'intérieur) permet de caser tout le bazar dont un voilier de croisière finit toujours par hériter : annexe, béquilles, avirons, pare-battes, bidons, amarres, gaffe, seaux, rateaux de plage, lignes de traine, etc, etc. L'arrière du cockpit (en arrière de la barre) est aussi un coffre. Dans le carré: - table à cartes fixe, de bonnes dimensions pour cette taille de bateau, avec panneau d'instrumentation, - coin cuisine avec de nombreux rangements, - deux banquettes. L'une peut accueillir un enfant (jusqu'à 5/6 ans) pour dormir, et la deuxième se prolonge sous la table à cartes et fait une couchette de navigateur parfaite; toutes deux avec toile antiroulis. Sous les banquettes et derrière les dossiers, coffres de rangement pour la mangeaille. La pointe avant peut recevoir deux adultes et un enfant dans une banette surélevée. Nous avons enlevé la table pliante, très grande, trop encombrante et un peu lourde. La nouvelle table n'est pas encore en projet. Elle devra être peu encombrante et légère... Equipement Le bateau est armé dans l'ancienne 3ème catégorie. Instrumentation et électronique: - loch Nasa - sondeur qui n'aime pas la vase et devient un peu fou en environnement épais (il y a des fosses sous-marines de 45 mètres dans la Vilaine, le saviez-vous?), - VHF DSC qui remplace le récepteur radio-gonio BLU Navitech (une belle pièce de musée...), - GPS portable très gourmand en piles (a t-on pensé à retirer les piles avant de quitter le bord?), - pilote automatique Autohelm 800, le grand pote de Guillaume Solo - panneau solaire 10W pour maintenir la charge de la batterie. Ah, et un sextant. Ou comment s'éclater pendant des heures avec les mathématiques. Pour la petite histoire Nous avons acheté Mora sans connaitre le nom de l'architecte à l'origine du plan de carène. C'est totalement par hasard que nous avons retrouvé cette personne. Typique des années 70, avant l'élargissement des tableaux arrières, la coque nous laissait dubitatifs. Un mélange de plan Sergent (pour les formes), de plan Harlé (pour le cockpit) et de construction amateur (le roof). Nos recherches sur le web et dans des revues anciennes ne donnaient rien. C'est en consultant le dossier complet fourni par le précédent propriétaire, que nous avons retrouvé le nom de la personne ayant construit la coque - sur un courrier à entête de la voilerie Mora de Granville. Problème ! La voilerie Mora n'existe plus dans l'annuaire et notre piste s'arrêtait là. Jusqu'au jour où, dans un moment de complet désoeuvrement, en flânant sur divers sites de préservation du patrimoine maritime français, Guillaume tombe sur la flottille de l'AVGG (l'Association des Vieux Grééments de Granville) dont fait partie le joli plan Brix Cokelunde. Cokelunde appartient à... Jean-Paul Labrosse, dont le nom figurait sur ce courrier du dossier ! Jean-Paul répond
rapidemment à un email de Guillaume et nous apprend que l'architecte
n'est autre que lui-même... Il avait dessiné la coque en 71/72 et l'avait
revendue car trop pris par ses activités professionnelles. Nous rencontrerons Jean-Paul (et Roxane, le chien) à l'occasion de la fête des Chants de Marins de Paimpol, en août 2005. Cette rencontre enrichissante nous apprendra beaucoup de choses sur la genèse du bateau: comment plusieurs amis dessinent leur propre plan (parmis ceux-là, le Cocktail 670, qui a fait l'objet d'une petite série); comment le plan de Mora avait été prévu à l'origine pour recevoir une quille de Soling, ces quilles étant fabriquées dans une fonderie située dans le Cotentin. Mora était prévue initialement avec un tirant d'eau de 1m20 (quille à bulbe) et un pont flush-deck. La version revue et corrigée pour la croisière a reçu une quille profilée en tôle plongeant à 1m10, et un roof qui bien qu'inesthétique contribue en grande partie à l'habitabilité et au confort de ce petit croiseur familial. Pourquoi Mora? Avouons-le tout net, si Gaëlle a flashé sur les emménagements rustiques et sans fioritures mais fonctionnels de Mora, Guillaume, lui, a plutôt regardé la carène. Il faut dire que cette coque a fière allure. Une étrave élancée pour bien passer la vague, des lignes fines et un arrière pincé typique du début des années 70, une tonture inversée très marquée et un gréément bien dimensionné qui promettait du sport (et ça, il s'est bien gardé de le dire à Gaëlle). Ajoûtons à ça quelques détails comme le safran suspendu (c'est tellement plus clâsse) et une plage avant bien dégagée, et la laideur du roof façon brique légo a vite été oubliée. La deuxième qualité de Mora, c'est d'être en bois, un matériau résistant, facile à travailler et très esthétique. Le bois est d'ailleurs apparent à l'intérieur, c'est très cosy, so british. Lorsque nous cherchions notre voilier, nous avions vite écarté les Cap Corse, Corsaire, Muscadet et Mousquetaire un peu petits pour notre programme, et le Cognac qui était à l'époque fortement surcoté (ça c'est arrangé depuis). Peu de voiliers en polyester nous intéressaient : parmi les rares, l'Ecume de Mer, le Tequila et le Challenger Scout. Le gros souci de ces voiliers était d'en trouver un correctement équipé et à un prix raisonnable, et nous n'en avons d'ailleurs pas trouvé.. Pour notre budget, nos recherches aboutissaient invariablement à un voilier en polyester des années 70, armé en cinquième catégorie et à peine équipé d'un loch/sondeur. C'est pourquoi nous avons été agréablement surpris en visitant Mora, qui n'a pas la finition esthétique d'un chantier professionnel mais est un excellent compromis entre confort pratique et rusticité et était également d'un très bon rapport âge/équipement/prix. Sur l'eau Essayons de décrire le comportement du bateau (qui est, rappelez-vous, le meilleur bateau du monde) de la façon la plus objective possible. Quand on met le pied à bord, généralement depuis un ponton, si on fait raisonnablement plus de 50 kg le bateau va encaisser la charge en prenant une quinzaine de degrés de gite : quille courte, peu de couple de rappel, déplacement léger et carène fine, vous voilà dans le bain. Les grimpettes dans le 420 sur la plage blanche des Grands-Sables reviennent en mémoire ! Axiome n°1 : sur Mora, toujours faire attention à son équilibre pour ne pas grever les performances ou se foutre à l'eau. Gréer les voiles : habitués des enrouleurs et des lazy-jacks, passez votre chemin. Ici tout est en vrac sur le pont jusqu'à ce qu'on envoie la toile. Pour la GV, il y a bien-sûr plusieurs façons de procéder, selon les conditions : - vous avez un barreur : il garde le cap face au vent pendant que vous hissez en pied de mât en bloquant la drisse au coinceur. Le barreur écartera les bastaques qui coincent dans les lattes et donnera le petit coup d'épaule dans la bôme pour aider à hisser les derniers dix centimètres. Le pied. - vous n'avez pas de barreur, c'est Otto el pilotauto qui barre. Il faut savoir qu'Otto est assez farceur, il se débrouille plutôt bien sauf quand vous quittez le cockpit. Pourquoi? C'est un mystère pour nous. Donc vous mettez Otto sur un cap plein vent debout, vous étalez la GV sur le passavant tribord (important... voile sur babord, ça glisse moins bien dans la ralingue, ne me demandez pas pourquoi non plus), vous retournez au cockpit donner 10° à babord au pilote car il n'est plus dans l'axe, vous repartez en pied de mât, vous commencez à hisser. Lorsque la première latte arrive au niveau des bastaques, une vague que le pilote n'a pas anticipé balance la bastaque dans la latte, ça coince, il faut affaler quelques centimètres et rehisser (en général on recommence cette étape deux ou trois fois par latte). Ensuite, il n'y a plus qu'à retourner au cockpit récupérer le mou de la drisse, avec le petit coup sec pour faire sauter le coinceur de pied de mât, et prendre les derniers centimètres au winch tout en soulevant la bôme de l'épaule (idéalement il faudrait trois mains). Ne reste plus qu'à peaufiner les réglages depuis le cockpit, puisque toutes les manoeuvres y reviennent pour que le skipper rassure Otto par sa présence (sinon Otto panique et fait n'importe quoi). Pour le génois c'est encore plus simple, il suffit de le gréer avant le départ et de le maintenir plaqué au pont par les sandows installés exprès pour. Pour l'envoi, un aller-retour pour libérer le sandow (ça dure 15 secondes, Otto n'a pas le temps de s'apercevoir de votre absence) et il n'y a plus qu'à hisser d'une main depuis le cockpit ! Enfin si vous pouviez mettre des gants c'est aussi bien, car la drisse est maintenant en Dyneema de 6 mm contre 8 mm auparavant, et ça coupe les doigts, c'te ficelle à rôti. Axiome n°2 : pour éviter les aller-retours, bien préparer sa toile, et ne pas surestimer Otto. Ca y est, on a hissé, un petit force 2/3, toute la toile dessus... Mora est à la fête. A plusieurs, il faut faire attention à l'équilibre des masses et conserver une petite gite bienfaisante. En solo, il suffit de se carrer les fesses sur un banc du cockpit pour profiter. Dans les petits airs, c'est simple, vous montrerez le tableau arrière à tout ce qui est en alu, tous les dériveurs intégraux et lestés, toutes les quilles longues, et à la plupart des croiseurs "caravane" modernes. Les gros concurrents, ce sont les Muscadet et tous ces voiliers légers légers. La barre est douce, mais comme sur tout petit voilier, il faut éviter les coups de barre brusques et les "sauts d'éléphant" sur le pont pour ne pas freiner le bateau. Car autant Mora démarre vite, autant elle a très peu d'inertie et la faute d'inattention se traduira inévitablement par une perte d'un noeud en vitesse pure. Axiome n°3 : dans la petit temps, on marche sur des oeufs ! Le vent monte maintenant... 4, ça se tient, Mora est à sa vitesse limite de carène (5,5 nds), on atteint 6,5 noeuds sous spi, notre maximum enregistré étant 8 noeuds. Risées à 5, le bateau n'est plus à l'aise, devient ardent, la gite atteint 40°, les chandeliers commencent à avoir les pieds dans l'eau. Ca dérape, la cap est mauvais, la vitesse tombe : soit c'est une risée passagère et par pure flemme on garde le rythme (Mora encaissera sans broncher), soit la brise se maintient et il faut prendre le ris de fond. Ce ris très court (20 cm de hauteur de voile) applatit bien le creux tout en limitant la perte de surface. Avec ce ris, on peut attendre jusqu'à force 5 établi pour penser à réduire encore. Et on retrouve un voilier équilibré et vivant, mais qui se barre toujours avec deux doigts. Force 5, il est temps de réduire le génois et généralement on prend le premier ris dans la grand-voile. Comme toujours, bateau vif mais manoeuvrable, qui pardonne bien les erreurs. Assis sur les passavants, l'écoute de GV dans une main et le stick dans l'autre, les pieds calés dans la descente, on retrouve les sensations d'un dériveur mené tambour battant. Au près, la coque tape peu, n'éclabousse pas, le bateau préférant passer par dessus la vague qu'à travers (comme il a raison). En solo, le pilote gère tant bien que mal, s'il n'y a pas trop de clapot. Mais il ne supporte pas qu'on passe sous le vent pour, par exemple, régler le génois. C'est la cata ! Mora loffe, le pilote réagit (tard), Mora ralentit car presque face au vent et se remet à abattre pendant que le pilote tire la barre à qui mieux mieux, du coup on abat trop, le pilote n'a pas encore réagi, donc le bateau prend un gros coup de gite et rebelote... En général quand on arrive là, le skipper a déjà fini sa manoeuvre et a dégagé Otto pour remettre tout le monde au pas. Non mais, qui c'est le maître à bord ici, hein? Force 6, à bord ça rigole moins. Le génois a laissé sa place au foc n°2 tout riquiqui, et le deuxième ris est pris dans la GV. Mora restant un petit bateau, on est secoué dans tous les sens et il vaut mieux éviter d'y changer une couche (les seules fois où nous avons navigué par force 6, nous avions laissé les filles au chaud). On a clairement atteint les limites raisonnables du bateau, d'ailleurs la raison aurait voulu qu'on ne sorte pas. Mais pour le sport... Au delà, on sait pas et on veut pas savoir ! Le précédent propriétaire m'a avoué à mi-mots avoir navigué dans des conditions plutôt déraisonnables pour cette taille de bateau, et que Mora s'était très bien comportée. Tant mieux. |